Lou Cat se farde

Le village de Saint Amadou n’avait jamais connu pareille canicule. Les plantes en délire s’imaginaient des légions d’arrosoir et leur manne providentielle. Les nains de jardin faisaient une fixation sur ces maudites gouttières qui ne versaient pas une larme de compassion ; certains d’entre eux avaient sommé leur syndicat d’intervenir au plus vite mais en vain.
Les pauvres cigales avaient fini par se taire, vaincues par les chars flamboyants de Phébus. Seules les grenouilles de bénitier chantaient encore.
Le curé qui avait prié comme un dia…, enfin… de toutes ses forces, avait prévenu : « J’ai fait tout mon possible mais vous savez, le bon Dieu, en ce moment…avec tous ces événements, il est difficile à joindre ! » Ce à quoi Vladimir Illitch Olive, l’instituteur, avait répondu : « Vous n’avez qu’à faire la quête pour lui offrir un portable ! »
Pierre Latorche, le maire, n’avait cessé de harceler les services de la météo : pas la moindre goutte d’eau en prévision. « Et si on allait trouver Philomène, lui avait suggéré un villageois. Tout le monde sait qu’elle a des dons.. des pouvoirs surnaturels… »
– Cette vieille sorcière ! s’était exclamé Pierre Latorche. Vous savez bien que nos grands-pères étaient fâchés à mort, et qu’elle a juré que tant que je serais maire, elle ne ferait rien pour le village.
– Et pourquoi ils étaient fâchés ? avait demandé le villageois.
– Pourquoi ? Eh beh… parce que leurs grands-pères respectifs étaient fâchés ! Et puis d’abord j’ai pas envie de passer pour un fada, avec ces histoires de sorcellerie !
– Alors…futtt !.. avait fait un autre en montrant la porte à Pierre Latorche, il n’y a pas trente six solutions…
– … Non ! Je vais pas démissionner pour que cette vieille sorcière fasse tomber trois gouttes d’eau sur le village.
Pierre Latorche avait fait semblant de réfléchir un instant puis : « Je sais, il faut aller voir Honoré, son neveu et le convaincre de monter chez la vieille. »
La conversation avait été âpre mais Honoré avait promis à Pierre Latorche d’aller voir sa tante Philomène. « Surtout ne lui dis pas que c’est moi qui t’envoie, avait précisé le maire. »
Dans l’après-midi, Honoré se mit en route.

 

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